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vincent derivery
critiques

25-9-02 LES AFFICHES DE NORMANDIE

Actualités des Arts par Luis PORQUET

Galerie Eric Baudet - Les gouaches de Derivery

Ce qui fait l'intérêt d'une peinture est moins le "pittoresque" du sujet que la manière de l'aborder, d'en saisir la part inédite, bref la saveur originale et parfois un peu déroutante. A cet exercice, Vincent Derivery semble exceller. Nous avions ' repéré ses travaux à l'occasion de la dernière exposition du C.I.N., place de la Pucelle à Rouen. Nous ne pouvons que confirmer la qualité de ses travaux où la couleur s'exprime sans retenue. Eric Baudet ne s'y est pas trompé en l'invitant à exposer dans sa galerie. Résidant à Harfleur, Derivery traque le sujet sur toute la côte, sans négliger !es scènes plus quotidiennes de nos rues ou de nos boulevards. Les vieux quartiers ont sa faveur et on le comprend. Utilisant la gouache et le fusain. Vincent Derivery travaille sur le motif, fait de plus en plus rare. Habile observateur, il n'a guère de peine à trouver de quoi nourrir sa turbulente inspiration, ne rejetant rien à priori. De l'abribus au vieux ponton, de la clôture en ciment aux bidons traînant sur les quais, il puise au coeur du "paysage" l'argument d'une peinture qui ne ressemble qu'à lui. Une grue jaune et noire suffit à susciter la féerie, un palmier bleu et c'est la fête, cependant que "deux femmes papotent", égrenant la rengaine des jours. Des rehauts vifs sur les tons sombres, quelques traits jetés sans faillir et le tableau prend corps, s'imposant avec naturel. La rouille même devient magique. Le parc de la Mairie d'Harfleur et sa note fraîchement bucolique font un peu diversion dans cet ensemble plutôt voué aux immeubles et aux engins de toute nature, tout comme cet "Intérieur à la guitare", un peu inattendu. Mais nul n'est interdit dès lors qu'on s'exprime avec verve. Retenons tout particulièrement "Au coin des trois boulevards", au charme peu euclidien, et l'ambiance des quais qui éclate dans "Le bidon bleu".

La galerie Eric Baudet a le mérite de proposer des expositions de longue durée. Celle de Vincent Derivery se montre tout à fait digne des précédentes. Peignant sur le motif, ce champion de l'instantané raffole des ambiances portuaires. Ses gouaches possèdent la fraîcheur tonique des embruns. Vingt-trois œuvres sur Canson qui ont toutes la fraîcheur des travaux enlevés sur le vif. Très souvent le peintre officie sur du papier de couleur. La matière est très diluée, la touche sans le moindre repentir, la composition habilement charpentée. On sent que le dessin repose sur des bases solides. Utilisant la gouache et le fusain, avec parfois quelques rehauts de pastel, Vincent Derivery est familier des ambiances portuaires où il se sent résolument chez lui. Rues, quais, parkings et commerces du Havre lui offrent une infinité de sujets qu'il croque à pleines dents, adressant au passage un clin d'oeil à Dufy avec ses "Promeneurs". Quand il peint la rudesse du port et fuit toute séduction, tout pittoresque, il se révèle d'une redoutable efficacité picturale. "Le ponton grue". "Le grappin bleu". "Quai du Brésil et ses grues jaunes" sont, de par leur thème même, d'une force toute particulière. L'originalité du peintre est de savoir tirer profit d'éléments habituellement boudés par "!e bon goût-, comme ce poteau trônant dans "La rue des remparts" ou le joyeux patchwork des "Jardins ouvriers". Dans la sélection qui nous est proposée, "Les arbres des ingénieurs" (où s'opposent oranges et violets), "Les établissements Migraine" et -La marchande de pizzas" sont des pages d'une haute et plaisante tenue. La personnalité de Derivery s'accommode également de séquences plus "esthétiques" comme le prouvent "Les palmiers maritimes", "La villa maritime" ou "L'estacade du Havre",. Voilà en tout cas un talent, c'est incontestable. Il demeure en outre à portée des modestes budgets.

Galerie Eric Baudet, 121, avenue Foch, 76600 Le Havre. Tél. 02 35 42 32 44. Jusqu'au 20 novembre. A découvrir.

Luis PORQUET Galerie Eric Baudet Derivery sur le vif